Cache-sexe

Le Désaveu du sexe dans l'art

Philippe Comar, Sylvie Aubenas

 
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Si la feuille de vigne ou le port d'un pagne est la solution facile pour occulter les parties dites honteuses, il en est de beaucoup plus inattendues, comme un homard, un drap, un papillon ou encore une oie...

Ce livre propose, à travers vingt siècles d'histoire de l'art, de ne rien dévoiler mais, au contraire, de regarder ce qui se cache.

BEAUX LIVRES
Beaux-arts
220 x 285 mm - 240 pages
09 octobre 2014 - 9782732465388
52 €
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Philippe Comar, Sylvie Aubenas

Sylvie Aubenas, conservateur général, dirige le département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France. Spécialiste de la photographie du xixe siècle, elle a organisé de nombreuses expositions. Auteur de nombreux articles, catalogues et livres, elle a écrit en 2001 avec Philippe Comar Obscénités, photographies interdites d'Auguste Belloc, une coédition BnF/Albin-Michel.


Philippe Comar, plasticien et auteur, est professeur aux Beaux-Arts de Paris. Il a collaboré à la conception de grandes expositions thématiques (au Grand Palais, au Musée d’Orsay, au Centre Pompidou ou encore à la Biennale de Venise) traitant du corps et de sa représentation. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages.

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appel d'air - beaux livres

Cachez ce sexe que je ne saurais voir

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20 octobre 2014

L’histoire de l’art nous a livré beaucoup de ses secrets… mais pas tous.

Pour répondre à la censure imposée par l’Église, les artistes ont rivalisé d’imagination pour cacher l’indécence proclamée : le sexe. Si la feuille de vigne est habituelle, d’autres motifs se révèlent à l’oeil attentif, à la fois surprenants, drôles et raffinés : un papillon, le froissé d’un drap, le sang du Christ, une chevelure ondoyante, un coquillage, un homard…

Des fresques romaines de l’Antiquité à Pierre et Gilles, l’ouvrage dévoile, à travers vingt siècles d’histoire de l’art, tous les moyens mis en oeuvre pour cacher ce sexe que l’on ne saurait voir.

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Entretien avec Sylvie Aubenas et Philippe Comar

     Comment est née l’idée de ce livre ? 
      SA : Ce sont successivement deux tableaux, le premier de Flandrin, le second de Gérôme, qui m’ont fait réaliser que la dissimulation du sexe dans l’art était un sujet intéressant. Avec Philippe, nous nous sommes aperçus que cette question, qui est quand même centrale dans la représentation du nu, n’était pas traitée par les historiens de l’art.

     Qu’avez-vous découvert ?
     SA : En rassemblant une importante iconographie sur le sujet, nous nous sommes rendu compte que la feuille de vigne, qui répondait au départ à un interdit chrétien, a été peu à peu remplacée, voire détournée, au fil des siècles.
     PC : Il y a une pression religieuse à cacher le sexe. Alors au début, on le cache bêtement par une feuille de vigne pour respecter la tradition biblique puis, très rapidement, les artistes cherchent des stratégies d’évitement et placent un bouquet, un tissu, un coquillage à la place du sexe.

     Ils respectaient la censure pour mieux la contourner ?
     PC : Il est effectivement intéressant de voir comment certains artistes se sont joués de cette censure pour à la fois ne pas montrer, et respecter cette censure, et en même temps avec beaucoup d’humour parfois, beaucoup de perversité aussi, essayer d’induire au contraire un certain regard sur le tableau. Ces tableaux deviennent d’une certaine façon plus « obscènes » avec le cache-sexe que s’il n’y en avait pas. Quand Mabuse, au début du xvie siècle, cache le sexe de Neptune par un coquillage pointu, cela devient naturellement le centre du tableau.

     Et aujourd’hui ?
     SA : Des artistes continuent à interpréter et à jouer de ces codes de censure, comme Paul-Armand Gette, qui cache le mont de Vénus par des pétales de rose, ou Alvisa Lidzie, qui, de manière plus agressive, recouvre le pubis avec des épingles.