Family love

Darcy Padilla, Emmanuel Carrère, Christian Caujolle

 
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En 1993, Darcy Padilla rencontre Julie Baird à San Francisco. Elle la suit pendant 18 ans, jusqu’à sa mort.

Une épopée bouleversante de la vie et de la mort qui prend forme dans cet ouvrage, Family Love, à travers les photographies de Darcy Padilla et les mots d’Emmanuel Carrère

BEAUX LIVRES
Photographie
280 x 230 mm - 336 pages
09 octobre 2014 - 9782732464985
62 €
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Darcy Padilla, Emmanuel Carrère, Christian Caujolle

« Commise d’office auprès des pauvres », comme dit Emmanuel Carrère, Darcy Padilla photographie les sans-abris, les toxicos, les marginaux, les laissés pour compte. La pauvreté est son sujet et c’est avec justesse qu’elle prend en charge les vies en morceaux des gens. Des gens comme Julie Baird qu’elle suivra pendant 18 ans.

Son travail lui vaut de nombreuses récompenses, notamment de la John Simon Guggenheim Memorial Foundation, du W. Eugene Smith Memorial Award, de la Fondation Alexia Grant professionnel, du Getty Images Grant pour la photographie éditoriale et, récemment, le prix World Press Photo.


À ses débuts critique de cinéma pour Positif et Télérama, Emmanuel Carrère est aujourd’hui un écrivain reconnu et récompensé, auteur notamment chez POL de Liminov, D’autres vies que la mienne, Un roman russe, L’Adversaire, La Classe de neige ou La Moustache.


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appel d'air - beaux livres

Darcy Padilla - Family Love - Entretien avec Emmanuel Carrère

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10 octobre 2014

          En 1993, Darcy Padilla, journaliste photographe-reporter, rencontre Julie Baird au cours d’un reportage à l’Ambassador, un de ces hôtels du quartier de Tenderloin, à San Francisco, qui tient lieu d’annexe aux hôpitaux surchargés. Elle la suit pendant 18 ans, jusqu’à sa mort, témoignant à travers elle de la pauvreté, des familles brisées, de la toxicomanie, du sida, des relations violentes. Des ruelles de San Francisco à l’arrière-pays de l’Alaska, cet ouvrage raconte la vie de Julie au rythme des naissances et des décès, des pertes et des retrouvailles, des petits bonheurs et des grandes douleurs.          
          Une épopée bouleversante de la vie et de la mort qui prend forme à travers les photographies de Darcy Padilla et les mots d’Emmanuel Carrère.
          « J’espère que vous ne cessez de penser à l’histoire de Julie. J’espère qu’elle vous touche. J’espère qu’elle vous fait voir le monde différemment. » Darcy Padilla

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 Entretien avec Emmanuel Carrère

     Comment avez-vous découvert le travail photographique de Darcy Padilla ?
     La revue 6Mois, qui consacrait une partie de son premier numéro au travail de cette jeune photographe américaine, m’a contacté pour que j’écrive un texte qui accompagne la publication de ses photographies. En les visionnant, j’ai été littéralement scotché, pratiquement en larmes et j’ai accepté le projet, qui m’est apparu comme une évidence.

     Comment avez-vous procédé ?
     Je suis allé une dizaine de jours à San Francisco. Darcy m’a raconté l’histoire de Julie. J’ai examiné avec elle quelques milliers de photographies par ordre chronologique pour pouvoir retranscrire ensuite ce qui se joue dans cette longue, longue série d’images, souvent très dures.

     En quoi ce travail se démarque-t-il d’un reportage classique sur la misère urbaine ?
     Ce qu’il y a de remarquable dans le travail de Darcy, c’est qu’il a duré. Ce n’est pas rien de passer dix-huit ans dans l’intimité de quelqu’un. Il s’est établi une véritable proximité entre ces deux femmes que pourtant tout oppose. C’est cette histoire à la fois artistique et humaine que retrace cette série de photos exceptionnelles qui sont publiées ici pour la première fois. C’est ce que j’ai essayé de rendre compte dans le texte que j’ai écrit.

     Peut-on y voir une forme de complaisance ?
     Absolument pas. Certaines photos sont extrêmement poignantes et peuvent déranger mais elles n’ont rien de complaisant. Darcy a fait preuve d’empathie tout en conservant une rigueur dans le regard et une rigueur morale remarquables. La vie de Julie a été une succession d’échecs mais elle disait à la fin de sa vie qu’il y avait une chose qui n’avait pas été si mal, c’était sa rencontre avec Darcy. Quelqu’un avait gardé trace de sa vie. Les photos donnent à voir mais aussi à exister, du point de vue même de celle qui l’a vécue.

     D’ailleurs le titre du livre est moins noir que le destin de Julie...
     C’est l’histoire d’une famille qui s’aime, dans la grande douleur, la détresse, mais c’est avant tout une histoire d’amour et de lien entre les gens : l’amour de Julie pour ses enfants et ses compagnons, de Julie et son père, et la relation singulière qui s’est créée entre Julie et Darcy.

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     Le travail photographique de Darcy Padilla a été récompensé par de nombreux prix, notamment le W. Eugene Smith Grant in Humanistic Photography, le John Simon Guggenheim Memorial Foundation, le Getty Images Grants for Editorial Photography et le World Press Photo.

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Family Love, de Darcy Padilla, texte d’Emmanuel Carrère En coédition avec la revue 6Mois
28 x 23 cm – 336 pages – 62 €
 
Exposition à la Librairie Photographique Le 29, à Paris, du 15 au 20 novembre 2014.