Photographie
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Un demi-siècle dans l'Himalaya

Matthieu Ricard

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"La vie spirituelle de Matthieu et son appareil photo ne font qu'un, de là surgissent ces images fugitives et éternelles".
Henri Cartier-BressonScientifique de formation, Matthieu Ricard s'est établi en Inde en 1967. Depuis, il n'a cessé de photographier l'Himalaya, les maîtres...
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Un demi-siècle dans l'Himalaya (Extrait)

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20 décembre 2017

Scientifique de formation, Matthieu Ricard s’est établi en Inde en 1967 à l’âge de 26 ans. Depuis, il n’a cessé de photographier l’Himalaya, les maîtres spirituels du bouddhisme tibétain et leur monde. À l’âge de 30 ans, devenu moine bouddhiste, il a bénéficié d’un accès privilégié à la vie intime des maîtres spirituels, des monastères bouddhistes, des communautés nomades, des lieux sacrés et des sites naturels les plus reculés de l’Himalaya. Photographe depuis son enfance, Matthieu Ricard a côtoyé certains des plus grands noms de la photographie qui sont devenus ses amis et l’ont aidé à progresser dans son art. Il a depuis consacré neuf ouvrages à son travail photographique et publié une dizaine d’essais. Un demi-siècle dans l’Himalaya retrace, à travers textes et images, le parcours personnel et exceptionnel de Matthieu Ricard. Une vie dédiée au monde himalayen, à la spiritualité, au peuple tibétain et à sa culture. Cet ouvrage qui comprend près de 350 images est une référence, une somme photographique sur les traces des grands maitres du bouddhisme et un hommage éclatant à l’Himalaya.

EXTRAIT :

« La question n’est pas de savoir “si la vie a un sens”, mais “comment puis-je donner un sens à ma propre vie”. »
 Dalaï-Lama

                Un hommage à la beauté intérieure des sages et à la beauté extérieure de la nature : c’est ainsi que je conçois mon humble travail photographique. Au cours des cinquante ans passés dans l’Himalaya, j’ai eu l’immense fortune de vivre auprès de grands maîtres tibétains, dont Kanguiour Rinpotché, Dilgo Khyentsé Rinpotché et le XIV e Dalaï-Lama. J’ai été le témoin de leurs qualités exceptionnelles. Et j’ai également découvert la vie quotidienne des populations himalayennes, l’intimité des monastères, l’immensité des hauts plateaux tibétains, la magnificence des montagnes népalaises et la sérénité des vallées bhoutanaises.                       
                J’ai commencé à prendre des photos à l’âge de 10 ans. Mes proches disaient : « Ne comptez pas sur Matthieu pour les photos de famille, il ne photographie que des fleurs et des flaques d’eau. » Adolescent, j’ai rencontré André Fatras, grand amoureux de la nature sauvage et pionnier de la photographie animalière, qui m’a appris les rudiments de cet art. À 18 ans, j’ai eu la chance de rencontrer Henri Cartier-Bresson dont je suis devenu un ami proche des années plus tard. J’étais moi-même épris de nature sauvage, d’ornithologie (j’ai eu l’occasion d’écrire un livre sur les migrations animales, à 21 ans), d’astronomie, de navigation et de randonnées en montagne.               
                J’ai voyagé une première fois en Inde en 1967 à la rencontre de maîtres spirituels et, depuis lors, je suis retourné tous les ans à Darjeeling jusqu’en 1972, auprès de mon maître principal, Kanguiour Rinpotché. C’est alors que j’ai décidé de quitter la France pour l’Himalaya. J’ai vécu sept ans en Inde, à Darjeeling, sans revenir en France, puis une dizaine d’années au Bhoutan et enfin au Népal. Depuis 1985, je me suis rendu plus d’une vingtaine de fois au Tibet, accompagnant tout d’abord mon deuxième maître, Dilgo Khyentsé Rinpotché, puis son petit-fils, Rabjam Rinpotché et, vingt-cinq ans plus tard, la réincarnation de Khyentsé Rinpotché. Je vais aussi régulièrement au Tibet oriental avec mes amis et collaborateurs de Karuna-Shechen, l’organisation humanitaire que j’ai cofondée avec Rabjam Rinpotché. Depuis 2000, au Tibet, au Népal et en Inde, nous avons mené à bien plus de deux cents projets et aidé plusieurs millions de personnes dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux. À l’occasion des tremblements de terre qui ont frappé le Népal en 2015, nous avons pu aider deux cent vingt mille personnes dans six cents villages. Me mettre ainsi au service des autres, avec mes collaborateurs, est l’une des grandes joies de mon existence.      
                Ainsi, au fil des ans, j’ai accumulé des photographies de mes maîtres spirituels et du monde dans lequel ils évoluaient. Mon but a toujours été de partager la beauté, la force et la profondeur de leur univers. Un univers dans lequel, selon les enseignements bouddhistes, la « nature de Bouddha » – le potentiel de perfection inhérent à notre propre esprit – est présente en chaque être, bien qu’elle puisse être temporairement voilée par la confusion mentale et les émotions perturbatrices.
                 « Les photos me prennent et non l’inverse », disait Henri Cartier-Bresson. Il faut donc avoir l’œil aux aguets. De temps à autre, une situation, un paysage, une lumière… la beauté d’un ciel ou d’un visage s’imposent avec évidence. La technique n’est ensuite qu’une question d’expérience. Les couleurs riches me séduisent autant que la monochromie opalescente d’un oiseau blanc passant devant une cascade sous la neige tombante, la « couleur sans couleur », selon la formule d’André Fatras.
                Au temps de la photographie argentique, disposant de fort peu de moyens, j’économisais les pellicules le plus possible et ne faisais guère plus d’une douzaine de rouleaux par an ; une cinquantaine à partir des années 1980. Je les envoyais aux laboratoires Kodak à Bombay, et attendais avec impatience le retour des diapositives, trois semaines plus tard, apportées par le postier qui marchait tous les jours 3 kilomètres pour apporter le courrier au monastère de Darjeeling. Je prenais rarement plus de deux ou trois clichés d’une scène pourtant étonnante. En me libérant de cette contrainte, le numérique m’a permis d’explorer librement des approches plus créatives.
                Je m’efforce de sélectionner mes images avec exigence. Au retour d’un séjour au Tibet, il m’arrive de ne conserver qu’une trentaine de photos par rapport aux centaines de clichés que j’ai enregistrés dans mon appareil. Je retravaille les images dans le but de retrouver l’impression que j’ai ressentie, les couleurs et la lumière que j’ai perçues.     
                J’apprends continuellement en découvrant le travail d’autres photographes. Il m’arrive de contempler longuement une photo particulièrement saisissante et de m’imprégner de sa force, de sa composition, de sa lumière. J’ai beaucoup regardé et admiré les œuvres d’Ansel Adams, d’Ernst Haas (son chef-d’œuvre, La Création, fut une révélation), de Galen Rowell et de bien d’autres encore. J’entretiens aussi des relations amicales et complices avec Jim Brandenburg, Vincent Munier et Yann Arthus-Bertrand qui, eux aussi, m’ont beaucoup appris. Je découvre avec joie le superbe travail de jeunes photographes, comme celui d’Alexandre Deschaumes (Voyage éthéré).          
                Même si, sur le plan personnel, j’ai été très proche d’Henri Cartier-Bresson, je ne me permettrais pas de comparer mon travail à celui que l’on a surnommé l’« œil du siècle », d’autant plus que, toutes proportions gardées, nos approches sont très différentes. Cela ne m’empêche pas d’être sensible à ce qu’il appelait la « magie circonstancielle » ou encore l’« instant décisif ». Lorsque j’ai publié mon premier recueil de photo, L’Esprit du Tibet (initialement publié aux États-Unis sous le titre Journey to Enlightenment), Henri eut la bonté d’écrire en exergue : « La vie spirituelle de Matthieu et sa caméra ne font qu’un. De là jaillissent ces images, fugitives et éternelles. »            
                La photographie, le portrait en particulier, peut certes être une forme d’intrusion. Les maîtres spirituels inspirent naturellement un immense respect et il est impossible de les considérer comme des sujets ordinaires. Il faudrait, dans l’idéal, être invisible et silencieux. Cela coûte parfois de prendre une photographie plutôt que de vivre la plénitude du moment présent. Mais le souhait de partager la richesse de ce dont on est l’heureux témoin finit par l’emporter. Il faut alors se résoudre à déclencher l’appareil photographique, aussi discrètement que possible.   
                Une bonne photographie n’est-elle pas une image que l’on ne se lasse pas de contempler ? Celle d’un monastère qui émerge de la brume au petit matin dans l’Himalaya, de chevaux qui galopent sous un ciel d’orage au Tibet, ou d’une succession infinie de collines s’estompant dans la clarté du matin. Parfois, un éclairage extraordinaire vient illuminer une scène pendant quelques courts instants. Durant ce moment magique, on a l’impression de peindre avec la lumière. 
                 Puissent les images de cet ouvrage être une offrande aux yeux de ceux qui les contemplent et une source d’espoir pour tous ceux qui souhaitent œuvrer ensemble à un monde meilleur.

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Un demi-siècle dans l'Himalaya
Matthieu Ricard
40 € - 352 pages

Paris photo

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